Le Jade blanc, diamant des empereurs de Chine

En Asie, le jade est convoité et admiré depuis 7000 ans. Lorsque les Occidentaux le découvrent au XIXème siècle, la Route du jade existe déjà depuis 2000 ans, bien avant la route de la soie.

Alors que s’achève en septembre 2020 une vente exceptionnelle d’art asiatique chez Sotheby’s, revenons sur l’histoire et la symbolique du jade en Chine. Si le jade dit « impérial » d’un beau vert profond a toujours eu la faveur des connaisseurs, les Chinois redécouvrent le jade blanc, effectuant un retour à une tradition impériale millénaire. Pierre rarissime, beaucoup plus onéreuse que le jade vert, très recherchée par la cour impériale, le jade blanc était le diamant des empereurs de Chine.
Il est considéré depuis des siècles comme la pierre la plus belle, la plus rare et la plus précieuse, chargée de forces divines, protectrices, gage de chance, de vertu et d’enrichissement, convoitée et admirée depuis 7 000 ans. Lorsque les Occidentaux la découvrent au XIXème siècle, la Route du jade existe déjà depuis 2 000 ans, bien avant la route de la soie.

Une pierre admirée depuis 7 000 ans

Le jade, surnommé la pierre du ciel, est une pierre sacrée, qui a toujours eu une place exceptionnelle dans la tradition chinoise. Le jade blanc, prisé pour sa rareté, était réservé aux empereurs. Son utilisation et son commerce étaient extrêmement réglementés. Il fallait respecter une véritable hiérarchie des jades et selon leur rang dans la cour impériale, les Chinois étaient autorisés à porter telle ou telle nuance de pierre, le blanc étant réservé à l’empereur.
Portées en pendentifs de ceinture, les pierres de jade rendaient en s’entrechoquant un son mat et léger, rassurant et apaisant, considéré comme un gage de protection. La taille et la forme même de ces motifs s’interprétaient selon des codes de lecture bien particuliers.

Les qualités du jade symbolisent celles de l’homme

Sa rareté et sa dureté en font le symbole par excellence de l’intelligence, de l’autorité et du pouvoir temporel et spirituel, toutes qualités attribuées à l’empereur, tandis que sa douceur de galet poli et sa brillance symbolisent l’humanité et la vertu. Les alchimistes taoïstes parlaient de la liqueur de jade, rivière laiteuse et opalescente des montagnes qui se « cristallisait en une pierre au bout de 10 000 ans ». Broyer cette pierre et la boire permettait de vivre « un millier d’années ».

Une valeur sacrée

Sotheby’s – Rare brûle-parfum couvert archaïsant en jade blanc, fang ding Dynastie Qing, époque Qianlong
17,2 cm, 6 3/4  in.

LOT VENDU: 619,500 EUR

Et pourtant, cette pierre plus que précieuse est imparfaite. Le jade blanc parfait n’existe pas. Il peut être inclus de nuages, de flocons, être veiné, il est toujours légèrement coloré « comme la matière la plus subtile de l’arc-en-ciel » selon le Livre des rites. Ces irrégularités sont gage de singularité, de personnalité, signes de vie, palpitations invisibles de la gemme qui s’est formée au cœur d’une nature imparfaite, comme une très belle émeraude peut avoir un « jardin ».

Les imperfections recherchées

Les imperfections du jade peuvent aussi indiquer sa provenance, donc définir sa valeur d’origine et sa rareté. De ce fait, elles peuvent être recherchées par les collectionneurs. Si aux Etats-Unis et en Europe, le jade vert dans toutes ses nuances est apprécié, et en particulier le fameux « jade impérial » de couleur émeraude dont les prix atteignent des sommets, les Asiatiques préféreront le jade blanc pur ou légèrement jaune (« fine yellow »), le nec plus ultra étant une teinte légèrement rosée (« pinkundertone ») ou lavande, très appréciée en joaillerie. Un vocabulaire qui rappelle celui que l’on utilise pour le diamant, où les nuances de couleur déterminent la valeur de la pierre.

Trésor de famille

Chaque famille qui possède un jade ancien rêve que celui-ci ait été un don de l’empereur ou d’un prince à ses ancêtres. Certains jades anciens sont considérés comme des œuvres d’art, de précieuses antiquités et leur valeur est inestimable. Les ventes aux enchères partout dans le monde en sont une preuve et la clientèle est quasi exclusivement chinoise.
Quel pays, mieux que la Chine, pouvait effectuer ce retour vers son histoire et ses traditions? Après une période de nivellement économique et culturel, la formidable croissance chinoise a créé un véritable flux aspirationnel vers la recherche de plaisir, de beauté, de luxe et de valeur.

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The emperor’s stone (le jade impérial)

L’Asie rêvée des Européens

Le jade a souvent orné les objets et bijoux d’inspiration chinoise et japonaise qui ont marqué la mode de l’exotisme en Europe. Celui-ci s’est illustré à différentes reprises dans l’histoire, en particulier à la fin du XIXème siècle et dans les années 20. De nombreuses créations, essentiellement signées par le joaillier Cartier, illustrent ce style exotique. Cartier en possède encore aujourd’hui de très belles pièces dans son patrimoine.

Des expositions sur ce thème, conçues en partenariat avec la Maison Cartier,  mettent régulièrement en lumière cette influence artistique majeure. Citons le Musée national des arts asiatiques Guimet à Paris ( « Le jade des empereurs à l’Art déco ») ou encore la fondation Baur à Genève (« L’Asie Rêvée ») parmi les événements de ces dernières années. L’une des plus récentes a été organisée à la Cité interdite.

Sur ce sujet, retrouvez mon article sur ce site :

Cartier et Van Cleef & Arpels, deux regards sur le temps

Un retour vers la tradition

Aujourd’hui, parce que le marché est favorable et que les Chinois fortunés recherchent l’exception, l’aura du jade et sa légende reviennent plus que jamais en lumière. Le jade blanc retrouve son pouvoir évocateur magique, sa place d’objet sacré. Il séduit les connaisseurs chinois du luxe à la recherche de sens et de valeur spirituelle pour qui acheter du jade, c’est acquérir une valeur spirituelle, accéder à un monde et constituer un patrimoine familial.
Le luxe dans la Chine ancienne, c’était justement cela, l’attachement aux valeurs de savoir-faire, de nature, de culture.

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Le jade millénaire et magique

Les lettrés chinois étaient la classe sociale la plus puissante et la plus valorisée, proche de la cour impériale. Le luxe, c’était la culture, avant le plaisir, l’enrichissement intellectuel et personnel avant l’ostentation, le respect des rites et de la nature comme source d’inspiration, de sérénité, d’équilibre des forces, une nature extrêmement respectée et toujours célébrée. D’une certaine façon, on peut dire que le jade blanc est la quintessence de cette spiritualité.

 

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Pendentif et boucle, Chine, XIXe siècle, vendus par Sotheby’s
Bibliographie
J. Tsaï, La Chine et le luxe, Paris, Odile Jacob, 2008
C. Scott-Clark et A. Levy, La pierre du ciel, l’histoire secrète du jade impérial, Paris, JC Lattes, 2002
Collectif, Jades chinois, pierres d’immortalité, Paris-Musées, 1997
F. Cheng, Entre source et nuage, Paris, Albin Michel, 2002
J. Wang, The story of Stone, Londres, Durham, Duke UniversityPress, 1992 www.sothebys.com – www.christies.com – www.tao-yin.com : P. Sorret, Le jade, pierre philosophique de la Chine ancienne – www.expertissim.com : S. Kabanda, Le jade, un matériau symbolique ancré dans la tradition de Chine, 25/01/2011- www. theepochtimes.com : D. Hubert, Allure of jade captivates global jewelrymarket, 22/09/2012

Isabelle Hossenlopp Septembre 2020

Crédits photos : tous droits réservés

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