L’Extrême lointain des Joailliers

Les expositions L’Asie rêvée de Cartier à la Fondation Baur de Genève - Jade, des empereurs à l’Art déco au musée Guimet - Des Grands Moghols aux Maharajahs Joyaux de la collection Al Thani - Splendeurs impériales de Chaumet à la Cité Interdite ou encore Van Cleef & Arpels à Kyoto ont été autant d’occasions de découvrir une facette du merveilleux patrimoine de la joaillerie française en l'espace de quelques mois

L’Asie rêvée de Cartier à la Fondation Baur de Genève, Jade, des empereurs à l’Art déco au musée Guimet, l’exposition Des Grands Moghols aux Maharajahs Joyaux de la collection Al Thani ou Splendeurs impériales à la Cité Interdite ou encore Van Cleef & Arpels à Kyoto ont été autant d’occasions de découvrir une facette du merveilleux patrimoine français de la joaillerie en l’espace de quelques mois

Ces expositions qui se déroulent dans des lieux prestigieux sont une merveilleuse occasion de rappeler que les bijoux ne sont rien d’autre des objets d’art. L’an dernier, l’Asie rêvée à Genève dévoilait des bijoux et objets orientalistes de Cartier aux côtés de la superbe collection d’antiquités chinoises et japonaises d’Alfred Baur. Bijoux, boîtes à poudre, nécessaires, pendules mystérieuses d’inspiration florale et animalière, objets laqués, émaillés, sertis, gravés où l’onyx, l’émail noir, le corail et le jade dominaient la création de Cartier, offraient une véritable leçon de culture chinoise.

Lors de l’exposition Jade, des empereurs à l’Art déco au musée Guimet, Cartier a illustré la créativité des années 30 avec de précieux objets et bijoux de son patrimoine, dont de superbes jades anciens enrichis de pierres précieuses. Ces pièces témoignaient du goût pour l’exotisme né des expositions universelles qui ont accompagné la naissance du XXème siècle. Parallèlement, les empereurs de Chine collectionnaient les horloges comme de petits chefs-d’œuvre (reproduisant temples, maisons, dômes, mécanismes à automates, cages à oiseaux…) comme en témoigne la salle des trésors de la Cité Interdite.

Le Grand Palais vient d’éteindre ses projecteurs sur quelques merveilles exposées dans une scénographie des mille et une nuits : Des grands Moghols aux Maharajahs – Joyaux de la Collection al Thani. Hormis les nombreuses pièces dont on a pu observer la finesse du travail des ateliers indiens, il se trouvait de beaux témoignages des influences croisées entre Orient et Occident. Les Maharajahs sous domination anglaise, adoptant les modes européennes, confiaient leurs trésors de perles et de pierreries aux joailliers français afin qu’ils réalisent de somptueuses parures défiant la modernité. Autre offrande à la modernité occidentale, les bijoux de cérémonie se voyaient également démontés et transformés par les ateliers de la place Vendôme. L’extraordinaire collier du Maharajah de Patiala, maintenant acquis au patrimoine de Cartier, en est un exemple.

En Europe, le goût de l’exotisme libère la création joaillère dès 1900. Les bijoux se font plus ludiques, plus colorés. Une profusion de cabochons de couleur révèle des mariages chromatiques inhabituels, verts, bleus et rouges fusent sous la lumière de brillantes soirées où les parures multicolores suscitent l’étonnement. Cartier révolutionne la glyptique en adoptant une gravure des pierres typiquement indienne – motifs de feuilles, fleurs – qui signe encore aujourd’hui le style Tutti Frutti.

Broches, ornement de turbans, de corsages, colliers, coiffes signés Boucheron, Van Cleef & Arpels, Chaumet ou Cartier font partie des trésors qu’un public sous le charme a pu découvrir dans la sublime exposition du Grand Palais malheureusement trop courte.

Enfin à la Cité Interdite jusqu’en juillet 2017, Chaumet aura exposé au sein de Splendeurs impériales quelque 300 œuvres, bijoux, tableaux, dessins et objets d’art illustrant l’art de la joaillerie. Parmi ces pièces, une place de choix est attribuée au raffinement des bijoux impériaux réalisés pour Napoléon et la famille impériale. Chaumet décline son inspiration orientale dans 22 créations qui font face à 22 bijoux des collections du Musée du Palais. On en retiendra l’exposition dans ce lieu quasi sacré, la beauté des bijoux qui racontent l’histoire de France mais aussi cette tiare insolite créée par un jeune artiste anglais, Scott Armstrong de la Central Saint Martins de Londres  pour la Maison reine des « Bijoux de tête ». Cet admirable camaïeu vert jardin de tourmalines et de grenats, inspiré de la géométrie des jardins à la française, est entrelacé de lignes et de courbes de diamants rompant la symétrie avec poésie. Les Chinoises, à la recherche d’une Haute Joaillerie audacieuse et inhabituelle, ont certainement apprécié ce diadème au dessin d’une légèreté extraordinaire.

Diadème Chaumet Pékin

Page d’accueil : Scott Armstrong pour Chaumet Pékin 2017

Isabelle Hossenlopp Juillet 2017

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